Lundi, Juin 26, 2017

EXERCICE PLURIPRO : libérons les volontés !

Passer de l’exercice isolé à l’approche pluriprofessionnelle : un saut en terre inconnue avec des obstacles, des craintes, des facteurs de réussite. Alors qu’elle semble indispensable, la formation initiale et continue spécifique à ce mode d’exercice apparaît comme un vaste champ encore à développer.

Une dynamique... mais des obstacles

Passer d’une installation et d’un exercice « en solo » à un exercice regroupé, le cas échéant pluriprofessionnel, correspond encore aujourd’hui, pour de nombreux professionnels, à poser le pied en terra incognita. Mais sur le terrain, les aspirations des jeunes professionnels (et des moins jeunes) les conduisent à se regrouper, en particulier pour mieux vivre et mieux répondre aux besoins des malades.

Les chiffres sont formels : les professionnels de santé sont de plus en plus nombreux à vouloir se regrouper pour exercer, plutôt que s’ isoler dans leur cabinet. Partie la plus visible de cet exercice qui se veut coordonné, 132 nouvelles maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) ont ouvert leur porte en 2016, portant leur nombre à 910 sur l’ensemble du territoire, et 334 autres sont en projet selon la DGOS ; du côté des centres de santé, 150 projets seraient en cours selon la Fédération nationale des centres de santé. L’émergence de dispositifs de coordination dans les territoires illustre aussi cette tendance, même s’il s’agit quelquefois d’un ultime recyclage des réseaux de soins ou de santé existants depuis des années. Ainsi, le programme Territoire de soins numérique (TSN)[1], l’expérimentation des Parcours de santé des personnes âgées en perte d’autonomie (Paerpa)[2] ou encore les plateformes territoriales d’appui (PTA)[3] créées par la loi de modernisation du système de santé de janvier 2016, sont autant de reflets de ce besoin des professionnels de tisser des liens au profit des parcours de soins de leurs patients chroniques et/ou complexes.

Les raisons de l’attentisme

Si une dynamique est lancée, la conversion des différents professionnels de santé au travail en équipe, à distance ou sous le même toit, n’est pas pour autant chose aisée. La directrice de la PTA du Pays de Fougères (83 000 habitants répartis dans une cinquantaine de communes en Ille-et-Vilaine), baptisée Appui santé du Pays de Fougères et qui a démarré son activité en mai 2016, peut en témoigner. Premier frein : la méconnaissance des autres acteurs du territoire. « Avant l’ouverture de la PTA, un questionnaire adressé à tous les libéraux a non seulement confirmé un besoin de soutien médico-social pour les patients polypathologiques, isolés ou précaires, mais aussi une faible connaissance des ressources disponibles sur le territoire et de la façon de les mobiliser », confirme Micheline Quesnel-Deshayes, infirmière depuis vingt-huit ans en libéral. S’agissant des médecins généralistes, qui devraient en principe être les premiers utilisateurs de la PTA mais n’ont représenté que 20 % des appels en 2016, la directrice l’explique par l’habitude de travailler seuls face à ces problématiques complexes. Mais pour la majorité des libéraux, c’est surtout la charge de travail assumée au quotidien qui freine cette ouverture aux autres. « L’exercice coordonné, formalisé ou non, demande de l’investissement de la part de tous les professionnels : une remise en question, un partage des savoirs, d’expériences, pouvant aboutir à un projet formalisé. Celui-ci demande des énergies, de la méthode, du temps avec un résultat non palpable dès la mise en route », affirme Micheline Quesnel-Deshayes.

 

Auteurs: 
Catherine Holué