Novembre 2016

Maladie lithiasique urinaire. L'enquête étiologique : pierre angulaire du parcours

Dr Marie Courbebaisse


Compte tenu de la fréquence de la lithiase rénale (1 personne sur 10 en France) et de ses conséquences potentielles, nous pensons utile de proposer un dossier thématique qui aidera chaque professionnel de santé à contribuer à la prise en charge optimale du patient lithiasique

 

Bien que la lithiase rénale soit une pathologie la plupart du temps sans gravité, elle peut être invalidante du fait de son caractère récidivant : en l’absence de prise en charge adaptée, le risque de récidive est de 50 % cinq ans après un premier épisode. L’évolution peut se compliquer d’une maladie rénale chronique(2), voire d’une insuffisance rénale terminale, notamment en cas de mauvais contrôle des récidives ou de diagnostic non posé ou erroné, et est ainsi responsable de 2 à 3 % des causes d’insuffisance rénale terminale en France(3).

 

La colique néphrétique inaugurale est le mode d’entrée le plus fréquent dans le parcours de soins et les situations d’urgence (colique néphrétique fébrile, anurique, hyperalgique) ne doivent pas être méconnues. Toutefois, la présence de calculs dans les voies urinaires peut se révéler par d’autres tableaux cliniques : hématurie, infection, découverte fortuite à l’imagerie, maladie rénale chronique. Dans tous les cas, il est d’une importance capitale de récupérer le ou les calculs, expulsés spontanément ou retirés par l’urologue, et de demander une analyse par spectrophotométrie infrarouge qui permettra de comprendre le processus lithiasique, voire de poser un diagnostic de certitude en cas de composition spécifique(4). Si le calcul n’a pas été récupéré, la recherche de cristaux dans les urines peut permettre d’établir le diagnostic dans certains cas et oriente très souvent vers les anomalies métaboliques en cause dans la formation du calcul. La cristallurie permet aussi d’évaluer l’activité lithiasique et donc le risque de récidive.

 

Devant tout premier épisode lithiasique un bilan initial s’impose (voir les recommandations du comité lithiase de l’Association française d’urologie [CLAFU]). Une exploration plus approfondie peut cependant être indiquée en première intention dans certaines situations (composition du calcul évocatrice d’une lithogenèse calciumdépendante, début précoce, calculs multiples, bilatéraux, récidivants, insuffisance rénale, néphrocalcinose, signes faisant suspecter une cause génétique…). La nature du calcul, les analyses biologiques, l’imagerie et l’interrogatoire du patient permettent, dans la majorité des cas, de définir l’étiologie de la maladie lithiasique et ses facteurs favorisants (le plus souvent, il s’agira d’erreurs hygiéno-diététiques). Cela doit aboutir à la mise en place d’une stratégie thérapeutique initiale et d’un suivi adapté afin de limiter le risque de récidives. Enfin, la lithiase rénale peut s’intégrer dans des processus pathologiques plus complexes et servir de « point d’appel » pour faire le diagnostic d’une maladie monogénique, d’une pathologie osseuse ou d’un syndrome métabolique.

 

Comme le décrivent les articles de ce dossier, le parcours de soins du patient lithiasique va ainsi requérir l’intervention coordonnée de plusieurs professionnels de santé : urgentiste, urologue et néphrologue, mais aussi médecin traitant, médecin du travail, radiologue, biologiste, généticien et diététicien(ne).