Septembre 2017

Interprofessionnalité : Les pouvoirs publics doivent faire preuve de courage !

Trois questions au Docteur Pierre de Haas, précédent président de la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS)

Que vous inspire ce livre blanc ?

Il est très complet, avec une approche scientifique du sujet de l’interprofessionnalité, une grande diversité de témoignages, des exemples étrangers. Tous les internes et jeunes médecins devraient le lire : ils y trouveront les arguments de fond pour étayer leur envie de travailler en équipe pluripro !

Emmanuel Macron a dit vouloir un doublement des maisons de santé. Les pouvoirs publics ont-ils pris la mesure des enjeux ?

Au-delà des discours, ce sont les professionnels de santé qui créent les MSP et non les politiques. Par ailleurs les incitations des pouvoirs publics demeurent en réalité très mineures, se résumant aux nouveaux modes de rémunération et à un soutien administratif des ARS. Si cela peut aider les 15 % de pionniers qui travaillent déjà en pluripro par conviction personnelle, ce n’est pas suffisant pour décider tous les autres et enclencher une véritable réorganisation des soins primaires ! Idéalement il faudrait un système conventionnel spécifique (ou hors convention) pour les professionnels exerçant en pluripro, avec des incitations économiques, des simplifications juridiques et de gestion. Mais est-ce que les syndicats de professionnels y seront favorables ?

L’une des clés se trouve-t-elle aussi dans la formation initiale et continue des médecins ?

Bien sûr. À l’issue de leur formation initiale, les jeunes médecins généralistes savent faire un interrogatoire et un suivi médical mais n’ont qu’une vague idée d’une approche en équipe autour des cas complexes. Quand les jeunes arrivent dans notre maison de santé à Pont-d’Ain (01), ils participent notamment à une journée de tournée infirmière et une journée à la pharmacie, pour qu’ils comprennent qu’ils font partie d’une chaîne. Former autrement les médecins produirait ses effets dans au moins dix ans. Le développement professionnel continu (DPC) est difficile à faire évoluer. Et la nomenclature des infirmières constitue aussi un obstacle de taille à toute évolution, les enfermant dans un système monocatégoriel éculé… Il faudrait que les pouvoirs publics saisissent l’ampleur du problème et fassent preuve d’un courage énorme !