Mars 2019

ÎLE DE LA RÉUNION. Quelle offre de soins dans les zones difficiles d’accès ?

Camille Rosenblatt

CILAOS ET MAFATE, DES DÉSERTS MÉDICAUX

Les cirques de Cilaos et de Mafate ont pour point commun leur caractère isolé, enclavé, et difficile d’accès. Ce qui en fait des déserts médicaux. Pour autant, l’articulation de l’offre de soins n’est pas la même sur les deux territoires, comme l’explique le Pr Xavier Combes, chef de service du Samu 974 : « On ne gère pas les urgences de la même manière à Mafate et Cilaos : Cilaos reste accessible par la route, bien que très escarpée, et dispose d’une structure de santé – l’hôpital de Cilaos – qui compte un médecin présent la journée et du personnel médical la nuit. » À Cilaos, la permanence des soins ambulatoires (PDSA) est assurée par une unité de télémédecine abritée dans l’hôpital, opérant en lien avec le Samu et qui s’appuie sur un binôme infirmier et aide-soignant. La mise en place de la téléconsultation permet ainsi d’éviter la mobilisation inappropriée des équipes du Smur par défaut d’interlocuteurs médicaux. « Cette unité fonctionne relativement bien depuis une dizaine d’années, continue le Pr Combes. Aujourd’hui, l’hôpital est menacé de fermeture : les habitants et les élus locaux craignent que cela ait un impact sur l’offre de soins. Mais la fermeture ne concernerait que les lits d’hospitalisation de moyen séjour, pas l’unité de télémédecine en question. »

Mafate, en revanche, et contrairement à Cilaos, ne compte aucune route : seuls des sentiers que l’on suit à pied et qui relient les sept « îlets » (petits hameaux) peuplant le cirque. Avec environ 800 habitants, le territoire de Mafate est bien moins peuplé que celui de Cilaos (6 000 habitants), mais il compte un flux touristique important. L’accès aux soins repose sur des médecins généralistes acheminés dans le cirque par hélicoptère, qui assurent deux consultations hebdomadaires dans les dispensaires répartis entre les îlets. La permanence des soins est garantie par deux infirmières, l’une installée à Roche-Plate, et l’autre, à Grand Place, qui effectuent des visites à domicile du lundi au vendredi. Il y a quelques années, un dispositif de télémédecine a été mis en place : munies d’une valise de télémédecine, des personnes référentes – appelées « sentinelles » –, formées par le Samu 974 aux soins de premiers secours, envoient photos et paramètres vitaux du patient au médecin régulateur pour que celui- ci puisse prendre les décisions adaptées. Mais, contrairement à Cilaos, le dispositif de télémédecine mis en place sur le territoire de Mafate a vite périclité : malgré la formation reçue, les situations étaient trop complexes à gérer pour les sentinelles…

Jusqu’à présent, en cas d’accident ou d’urgence à Mafate, c’est l’hélicoptère de la gendarmerie qui était sollicité, embarquant à son bord un médecin urgentiste si nécessaire. Ce système est aujourd’hui complété par les interventions du premier Héli-Smur du Samu 974, opérationnel depuis décembre 2018. Véritable « ambulance volante » équipée de matériel médical, son objectif est de permettre à chaque Réunionnais de se trouver à moins de 30 minutes d’un hôpital. « L’usage de l’Héli-Smur n’est cependant pas réservé qu’aux cirques, explique le Pr Xavier Combes. Il intervient sur toute l’île, par exemple dans les Hauts, qui eux aussi peuvent être difficiles d’accès du fait de leurs routes longues et sinueuses. Heureusement, l’hélicoptère peut traverser l’île du nord au sud en une vingtaine de minutes. »