Le Concours Médical
Mai 2020

COVID-19. Les structures regroupées impactées mais réactives

Jonathan Herchkovitch et Karen Ramsay

Environ deux tiers des structures ont créé une cellule de crise, et 89 % ont mis en place un tri téléphonique pour séparer les patients atteints des autres. Le personnel administratif (dans 47 % des cas) et des professionnels de santé dont l’activité avait été mise en suspens (64 %) ont notamment participé à ce tri, à défaut de pouvoir exercer. Une « mission de santé publique » remplie et facilitée par la dynamique de l’exercice pluriprofessionnel, comme le soulignent les deux présidents. « Le rôle des coordinateurs a été central aussi, dans l’organisation, l’accueil, l’équipement », ajoute Pascal Gendry. Cette mission se traduit par un autre chiffre : 95 % des structures ont accepté de prendre en charge des patients dont le médecin traitant ne faisait pas partie de l’équipe.

 

UN SUIVI NÉCESSAIRE

Une procédure particulière de suivi des patients potentiellement infectés par le Covid-19 a aussi été mise en place dans 92 % des maisons et centres de santé répondants, avec l’ajout, dans 70 % d’entre eux, d’un deuxième protocole de suivi des formes graves. Près de deux tiers déclarent avoir créé un registre dédié à ce suivi, partagé entre professionnels. « Le lien infirmière-médecin-pharmacien se renforce, et il y a une véritable réflexion autour du suivi des patients », estime Pascal Gendry. Mais en soins primaires, il a fallu trouver une organisation pour le suivi des patients chroniques, victimes eux aussi du confinement. Les hésitations sur leur prise en charge(3) se traduisent dans la disparité des réponses à l’enquête : 38 % des structures ont gardé la même organisation pour le suivi de leurs patients fragiles Covid négatifs, et 40 % l’ont réduit (pour 2 %, il a même été interrompu). À l’inverse, 20 % ont renforcé le suivi des patients chroniques. « Il y a aussi un biais d’étude, parce que les patients chroniques sont suivis par les généralistes, mais aussi par les podologues ou les kinés par exemple, qui ont suspendu leur activité », précise Pascal Gendry.

Ces chiffres préliminaires donnent un premier regard sur la gestion de crise, et s’insèrent dans une démarche de recherche qui donnera lieu à deux autres enquêtes et des analyses publiées dans la foulée. Mais pour l’IJFR et AVECsanté, ils montrent déjà que, sous pression, l’organisation de soins primaires en exercice pluriprofessionnel a fait preuve d’une forte capacité de résistance et d’adaptation. Et cela, quel que soit le type. « Je m’attendais à observer plus de difficultés dans les centres plus gros, ou par exemple dans les centres municipaux. Mais au contraire, notamment grâce à l’implication des maires, ils ont particulièrement bien réagi », estime Alain Beaupin.

3. Voir Le Concours médical, avril 2020, p. 52.