Octobre 2015
.

La route semée d’embûches du tiers payant généralisé

Clarisse Briot
Reportage

« Le tiers payant s’étend chaque année avec aujourd’hui 190 000 professionnels et établissements de santé concernés, explique Jérôme de Mautort, directeur du développement au sein d’Almerys. Il faut montrer que ces choses existent et fonctionnent ». Pas question de faire le tiers payant généralisé sans eux. « Les problèmes techniques sont à 80 % résolus. Il y a 20 % à améliorer, sur la communication, la pédagogie, l’ergonomie. Mais nous ne sommes pas en train de créer un “EPR du tiers payant”», poursuit Jérôme de Mautort qui brandit la menace sur l’emploi au sein de leurs entreprises. « Si le paiement unique par la Cnam est choisi pour généraliser le tiers payant, on va éliminer une industrie compétitive et exportatrice à l’international  », affirme-t-il. Côté complémentaires, si on veut rassurer les opérateurs sur leur rôle dans le futur dispositif, on se garde de minimiser les aspects techniques à régler. « Nous ne pourrons généraliser le tiers payant en nous contentant de dire qu’il faut étendre les dispositifs existants, insiste Emmanuel Roux. Il faut vérifier que le marché va proposer aux médecins une offre qui va vraiment répondre à leurs besoins, que le matériel technologique va leur procurer une confiance telle que le tiers payant deviendra quelque chose de banal. »

 

Usine à gaz

Mais chez les médecins, on est bien loin du compte. Flux unique ou double, tiers payant en un clic ou pas, le rejet de la généralisation est massif. Et les premiers pas de l’ACS ne sont pas vraiment de nature à les faire changer d’avis. « On nous a dit : ça va être simple, tempête Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France. Vu d’un bureau ministériel, ça l’est peut-être. Mais vu du poste du médecin, ça ne l’est pas du tout. C’est une usine à gaz. Qu’on arrête de compliquer la vie des médecins ! » Quant aux solutions auxquelles travaillent les complémentaires, le médecin les balaie d’un revers de main. « Que se passera-t-il pour les 20 % qui ne sont pas adhérents à la Mutualité française ? Et quid des bugs informatiques qui sont déjà très nombreux dans le cas de certaines mutuelles ? »

 

C’est le principe même d’un tiers payant généralisé qu’il continue de combattre. « Nous ne voulons pas du collier étrangleur de la Sécu qui paiera selon son bon vouloir. Quant aux mutuelles, elles mènent un combat pour garder la main sur les données de santé », affirme-t-il. Du côté de la CSMF, même rejet en bloc d’un tiers payant généralisé. Pour Jean-Paul Ortiz, seul le tiers payant social est acceptable. « À condition qu’il soit techniquement hyper simple, avec un flux de paiement unique et garanti. Je lis la carte Vitale, j’envoie la feuille de soin et je suis payé de la totalité de mon acte au bout de cinq jours », décrit-il. Pas question, donc, de devoir vérifier les droits du patient au préalable ou de courir après les remboursements. Et peu importe les solutions techniques mises en oeuvre pour que cela fonctionne.

 

Vu l’opposition déterminée des professionnels sur le principe et les nombreux chantiers techniques à mener à terme, l’application de la réforme s’annonce chaotique. « Ça va finir en eau de boudin », promet sans ambages Jean-Paul Hamon. En juillet, la commission des affaires sociales du Sénat a supprimé l’article 18, estimant sa mise en oeuvre « complexe » et pas véritablement nécessaire « dès lors qu’elle s’appliquait déjà aux publics les plus fragiles et aux patients atteints d’affections de longue durée ». Le prochain examen en séance par les sénateurs et la remise du rapport fin octobre à la ministre devraient raviver encore les débats.

Contributions

  Notez bien, chers lecteurs, la provenance de notre message. Nous sommes à Chittagong (Bangladesh), dans 10 ans, le 17 Mai 2025. Patrice et moi venons de débarquer à l'Aéroport...

Malheureusement le praticien libéral isolé va disparaître dans les 10 ans à venir. Il va disparaître sous l'effet des contraintes du tiers payant et de l'augmentation des charges. Resterons...

Pour une refondation efficace du système de santé :   1°) Education des patients dès le plus jeune âge sur l'utilisation correcte du système de santé. Permettrait de ne pas encombrer les...