Décembre 2019

PATRICK CHAMBOREDON & PATRICK BOUET. Les Ordres à tu et à toi

Deux présidents d’Ordres professionnels qui portent le même prénom, et amenés à se côtoyer souvent. Nous avons voulu confronter les deux Patrick et croiser leurs regards sur les nombreuses thématiques qui touchent leurs professions respectives. Pratique avancée, transfert de tâches et de compétences, exercice pluriprofessionnel, santé publique, nouvelles technologies… Face-à-face.

 

Tout devrait opposer Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers (ONI), et Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). La géographie, d’abord : le premier a fait toute sa carrière à Marseille, tandis que le second a exercé en SeineSaint-Denis pendant trente-cinq ans. Le mode d’exercice, ensuite : l’un est un pur produit de l’hôpital public, et l’autre, un libéral pur jus. La politique, aussi : quand l’infirmier ne cesse d’appeler à une extension du champ de compétences de sa profession, le médecin clame qu’il refuse de vendre la sienne à la découpe. L’âge, enfin : moins celui des deux hommes (une grande dizaine d’années les sépare) que celui de leurs institutions, le Cnom faisant figure de grand-père dans un paysage ordinal où l’ONI est le dernier venu. Malgré toutes ces différences, les deux hommes se tutoient, se donnent mutuellement du « Patrick », et affichent une bonne entente qui prend parfois des airs de complicité. Rares sont les points de divergence qu’ils ont laissé affleurer lors de l’entretien croisé qu’ils nous ont accordé dans les locaux cossus du Cnom. Rares, mais pas inexistants.

 

VOS DEUX ORDRES SONT, À DES DEGRÉS DIVERS, CONFRONTÉS À DIFFÉRENTES FORMES DE CONTESTATION. POUVEZ-VOUS RAPPELER LEUR UTILITÉ ?

Patrick Chamboredon : L’Ordre infirmier, comme tous les Ordres, fait partie des régulateurs des professions de santé qui ont plusieurs grandes missions. D’abord, la tenue du tableau, ce qui garantit à l’usager d’avoir, en face de lui, la bonne personne, avec le bon diplôme, au bon moment. Notre Ordre propose aussi une éthique et une déontologie à la profession. Il informe, soutient et conseille le corps professionnel, au travers par exemple d’un numéro d’entraide commun à tous les Ordres. Preuve d’ailleurs que les synergies sont possibles entre nous.

Patrick Bouet : Aujourd’hui, notre légitimité naît de deux choses. Tout d’abord, tous les médecins sont inscrits à l’Ordre, même ceux qui contestent son bien-fondé. Qu’ils contestent n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose : devoir répondre aux interrogations nous permet d’avancer. Et, deuxièmement, nous sommes des acteurs sollicités par l’ensemble de nos partenaires : notre Ordre a acquis une expertise qui transcende ce qu’était la fonction initiale d’inscription et d’instance disciplinaire. Nous allons beaucoup plus loin, ce qui nous est d’ailleurs reproché par certains. Mais le fait est que nous avons de plus en plus de responsabilités.