Mars 2019

PORTRAIT. Odile Anna Mathellon. En quête d'alliance

RESPECTER L’ALTÉRITÉ

Diplômée en soins infirmiers depuis 1981, Odile Anna Mathellon entre à l’École française d’analyse psycho-organique en 1990 et prépare son mémoire intitulé « De l’intérêt de psychologues en service de cancérologie ». Un travail inédit, « à un moment où il n’y en avait pas », glisse-t-elle. Son intérêt pour la dimension relationnelle du soin se traduit par des stages et missions à l’étranger. Des séjours d’un an dans des dispensaires et centres de soins en Inde, au Japon, au Canada et plus récemment au Mali qui aiguisent et colorent sa réflexion sur le rapport à l’altérité. « Tout est autre. Quand tu débarques dans un endroit où tu ne maîtrises ni la langue, ni les usages, ni le rapport au corps, tu observes et finis par respecter l’altérité. Là-bas, comme partout, chacun est unique ! »

Odile Anna Mathellon n’aime pas les cases et brise les codes avec plaisir. Dans les années 1990, elle fait partie des pionniers qui parlent sans détour du sida. Elle lutte contre les clichés qui collent à cette « maladie de drogués et d’homosexuels » comme elle l’entend souvent à l’époque. En 2000, elle devient adhérente puis administratrice du réseau Sida ville hôpital 35, pour « que les collègues cessent d’enfiler les gants blancs avant même la sortie des malades séropositifs du taxi ».

 

« C’EST IMPORTANT QUE L’INFO CIRCULE BIEN »

Titulaire d’un DU d’éducation thérapeutique du patient depuis 2013, Odile Anna Mathellon est aussi coordinatrice d’un programme ETP au pôle de santé de Saint-Méen. Son approche se veut modeste. « Il ne s’agit pas de faire des personnes diabétiques de “bons” patients, sages et disciplinés. Il s’agit de comprendre la personne, le regard qu’elle porte sur elle-même et de travailler sur ce qu’elle peut faire pour elle au quotidien. »

Depuis quelques mois, la coordinatrice des soins prépare la mise en place de la plateforme territoriale d’appui (PTA) du Pays de Brocéliande dont elle est la référente « parcours » depuis mi-février. Un changement d’échelle avec un secteur plus vaste (849 km² pour 3 intercommunalités et 34 communes), qui compte quelque 450 professionnels de santé de premier recours pour 68 000 habitants. « Une chance pour mieux se connaître entre nous », appelle de ses voeux l’infirmière. C’est aussi la promesse d’une offre de soins plus efficace et d’une approche territoriale plus cohérente. « Quand on vit à l’autre bout du département et qu’on sort d’une hospitalisation à Rennes, c’est important que l’info circule bien. »

Odile Anna Mathellon a ainsi quitté son bureau du pôle de santé de Saint-Méen pour de nouveaux locaux à Montfort-sur-Meu où « grâce à l’équipe de la PTA, la dynamique va pouvoir s’amplifier ». Et si désormais elle est moins au contact des usagers, elle voit ses nouvelles missions comme une suite cohérente à son parcours. « Un moyen de diffuser son état d’esprit aux collègues du terrain. »