Le Concours Médical
Mai 2020

COLLABORATIVE CARE MODEL. Troubles psychiques, soins primaires et pluriprofessionnels

LES MÉDECINS GÉNÉRALISTES EN PREMIÈRE LIGNE

« C’est cette question de la première approche qui me paraît primordiale à étudier, estime Angèle Malâtre-Lansac, directrice déléguée à la santé de l’Institut Montaigne, et qui a notamment étudié le parcours de soins en psychiatrie et son intégration au premier recours à l’université d’Harvard (États-Unis). Les médecins généralistes et les pédiatres assurent 60 % des consultations pour troubles mentaux, et 30 % de leur patientèle souffre d’un trouble psychique, qu’il soit dépressif, anxieux ou autre. Ils sont, en plus, souvent compliqués par des addictions et des comorbidités, responsables d’une diminution de l’espérance de vie de ces patients de quinze à vingt ans. »

« Les médecins généralistes sont à l’origine de 90 % des prescriptions d’antidépresseurs et de 70 % de celles d’anxiolytiques, poursuit-elle. Ils savent prescrire, bien sûr. Mais sinon, ils sont souvent en difficulté face à ces pathologies. » En parallèle, les taux d’adressage entre généralistes et psychiatres est l’un des plus faibles d’Europe, et moins de 6 % des patients adressés à des centres médicopsychologiques l’ont été par des médecins généralistes. « Ils viennent en priorité de l’hôpital. »

Angèle Malâtre-Lansac plaide donc pour un nouveau paradigme de prise en charge globale des patients et une meilleure intégration de la prise en charge psychiatrique dans les soins primaires. Pour elle, le collaborative care model (modèle de soins collaboratifs) est une solution. « C’est une solution parmi d’autres, mais elle a le mérite d’avoir été évaluée : c’est le modèle le plus représenté dans la littérature scientifique, avec plus d’une centaine d’essais randomisés », précise-t-elle.

 

LE « CARE MANAGER », CENTRE DU DISPOSITIF

Le modèle repose sur plusieurs piliers : une prise en charge en équipe pluridisciplinaire centrée autour du patient pour le diagnostic, le traitement et le suivi des patients ; une approche populationnelle et evidence-based medicine, avec l’utilisation de questionnaires standardisés (PHQ-9 pour la dépression, GAD-7 pour les troubles anxieux), ou de manière plus indirecte d’applications mobiles pour le dépistage ; une prise en charge structurée dans le temps, autour d’objectifs précis ; une démarche proactive dans le traitement.