Le Concours Médical
Mai 2020

COLLABORATIVE CARE MODEL. Troubles psychiques, soins primaires et pluriprofessionnels

Mais le véritable pilier du système, qui garantit l’organisation du modèle, est le care manager, qui travaille aux côtés du médecin généraliste. « Le care manager est un profil infirmier, de type Asalée par exemple, qui travaille avec le généraliste auprès des patients, sous supervision d’un psychiatre à distance, explique Angèle Malâtre-Lansac. Il exerce en général en coordination auprès d’un groupe de cinq ou six praticiens. »

Il structure la prise en charge et articule les interventions des différents praticiens dans le temps, est responsable d’une part d’éducation thérapeutique pour rendre le patient acteur de son parcours, a une démarche pour s’enquérir régulièrement de l’évolution de son état de santé, organise des revues de cas en concertation avec le médecin généraliste et/ou le psychiatre référent… Il est le lien entre le patient et ses soignants.

« Cette organisation a démontré ses vertus sur la santé mentale, note Angèle Malâtre-Lansac. Elle favorise la détection des troubles psychiques et améliore les résultats de la prise en charge, notamment grâce à une observance thérapeutique bien meilleure. »(3) Pour les professionnels de santé, c’est également la promesse d’un gain de temps médical. « Il y a aussi un enjeu de formation : grâce à l’exercice collaboratif, le psychiatre peut faire monter le médecin généraliste en expertise. »

 

EN TEMPS ET EN HEURE

Le modèle, déjà appliqué aux États-Unis, au Canada, au Chili ou encore en Australie, a-t-il une place dans le système de soins français ? Dans une tendance forte de développement de la prise en charge pluriprofessionnelle, la dimension de travail en groupe prônée par le collaborative care model semble s’insérer parfaitement dans la dynamique poussée par « Ma santé 2022 ».

Du côté des outils administratifs, on peut imaginer une prise en charge classique, avec un assistant médical spécialisé ou une infirmière en pratique avancée qui prendrait le rôle de care manager, combinée à des actes de téléconsultation et de télé-expertise pour les psychiatres. Les MSP et les CPTS pourraient aussi représenter un terrain d’essai privilégié pour sa mise en place, dans le cadre d’une expérimentation « article 51 » ou de la création d’un protocole pluriprofessionnel. Il permettrait d’inclure une infirmière spécialisée comme care manager, des médecins généralistes, un psychiatre mais aussi d’autres professionnels de maisons de santé, comme les psychologues. Il ne reste plus qu’à faire des propositions.

3. Archer J, et al. Collaborative care for people with depression and anxiety. Cochrane Review. October 2012.