Le Concours Médical
Décembre 2020

TECHNOLOGIE. Un robot au service de l’égal accès aux soins

Alexis Dussol
Le centre hospitalier d’Argenteuil (Val-d’Oise) est le premier hôpital français à se doter du robot chirurgical Versius, développé par CMR Surgical.
Une décision qui met fin au quasi-monopole mondial détenu par le robot da Vinci, d’Intuitive, mis sur le marché il y a près de vingt ans.

 

La chirurgie mini-invasive, apparue dans les années 1990, a révolutionné la pratique chirurgicale après des centaines d’années où la chirurgie ouverte fut la règle. Finies les grandes ouvertures et leurs cicatrices, trois petites incisions suffisent. On opère désormais « à ventre fermé ». Les chirurgiens français ont été parmi les premiers au monde à se lancer. Ils seront également les pionniers de la chirurgie robotique qui va suivre dix ans après. Une deuxième révolution ! Pour la première fois, le chirurgien est à distance du patient et réalise l’intervention assis à une console et dirige la caméra et les instruments. « En termes de santé publique, l’intérêt premier a surtout été de permettre un plus fort taux de chirurgie mini-invasive », rappelle le Dr Jean-Claude Couffinhal, chirurgien thoracique et vasculaire au CH d’Argenteuil et auteur d’un rapport sur le sujet pour l’ARS Île-de-France*. La chirurgie robot-assistée a permis d’accélérer la conversion de la chirurgie traditionnelle à la chirurgie mini-invasive. Au Danemark, ce choix du « tout-robotique » a ainsi fait grimper le taux de chirurgie mini-invasive à 80 % dans toutes les spécialités.

Le développement de la chirurgie robotique a surtout été lié au succès du robot da Vinci (DV), longtemps en situation de monopole : au 13 octobre 2020, on comptait 157 robots, dont 154 DV. Les établissements privés disposent de plus de 60 % du parc national. Contrairement à d’autres pays, l’absence de vision institutionnelle a été à l’origine de profondes inégalités territoriales, d’autant que les prix élevés du DV ont permis aux seuls très gros établissements d’y prétendre. Ainsi en Île-de-France, si l’on compte un appareil pour 200 000 habitants à Paris et dans certains départements de la petite couronne, le rapport passe à 1 pour 2 700 000 dans la grande couronne, avec pour résultat des différences importantes sur les taux de chirurgie ouverte. Versius va probablement changer la donne.

* « Rapport sur l’impact professionnel, RH, organisation et population du déploiement territorial progressif des robots chirurgicaux dans les CHU de la région Île-de-France et hors CHU », ARS Île-de-France, 2019.