Mars 2017
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Comment les étudiants en santé se font de moins en moins captifs du système ?

Contribution

C’est sur twitter que s’observe l’émancipation des jeunes médecins et infirmier(e)s. De nouveaux comptes apparaissent, qui sortent de l’ombre, des professionnels autrefois captifs d’une organisation sociale et professionnelle très hiérarchisée. Aujourd’hui, le numérique ouvre la porte à l’expression de leurs attentes et de leurs projets, à la projection de leur vision.

Le numérique est devenu le moyen de délivrer leur parole.
Le mouvement des infirmier(e)s # Soigne et tais toi a mis en ligne le 31 Octobre 2016 une pétition pour appeler au respect et à la reconnaissance. Elle a recueilli plus de 80000 signatures. Le 17 février 2017, par lettre ouverte, ils s’adressent au futur président pour lui demander davantage de reconnaissance de la part du ministère de la santé et de prise en compte de la dégradation de leur condition de travail, de leur souffrance, marquée par un nombre élevé de suicides. Ils étaient à nouveau dans la rue le 7 mars 2017. Avec le lancement de la campagne # Sois jeune et tais toi, la FAGE, entend mobiliser au-delà de son mouvement, pour la cause de la jeunesse. En 2011, un rapport sur la santé des étudiants, qu’elle avait commandé avec l’UNEF, montrait combien notre société manquait d’attention envers leur santé et leur bien-être. Les dispositifs mis en place depuis, sont insuffisants et inégaux selon les régions.

Alors, les étudiants infirmier(e)s, recourent de plus en plus aux réseaux sociaux pour faire valoir leurs revendications. Ils mettent en cause la chape de silence qui pèse sur eux. Au point que le Dr Valérie Auslender dans «Omerta à l’hôpital » explique « qu’on n’a plus le droit de faire semblant que ça n’existe pas » quant 85% d’entre eux estiment leur formation violente, ont peur, par exemple, que leur stage ne soit pas validé et vont travailler « la boule au ventre ».

De leur côté, les jeunes médecins s’affranchissent des mandarins.

Ils n’ont pas hésité à se dresser contre leurs ainés dans une lettre dénonçant le fossé générationnel qui a reconduit les anciennes pratiques de conventionnement avec l’Assurance Maladie cet automne, sans tenir compte des innovations organisationnelles qu’ils promeuvent. Guidés par le désir de placer le patient au coeur du projet de soins, ils inventent de nouveaux modes de fonctionnements entre les différentes disciplines, invoquent les pratiques collaboratrices, demandent que soit rendu possible la délégation de tâches, souhaitent mettre en oeuvre de nouveaux modes de rémunération, et faire bon usage des données de santé. Ils veulent relever le défi de l’humanisation de la relation soignant-patient avec l’utilisation des technologies numériques, de la télémédecine, comme celle de l’Intelligence Artificielle. Ils font avec les robots et non pas contre. Ils pourront se sentir soutenus en cela par l’économiste Nicolas Bouzou, qui, pour améliorer l’efficience du système, les invite à se concentrer sur les tâches à haute valeur ajoutée, et donc à déléguer. L’association ReAGIR publie un manifeste dans Place de la Santé, où ils indiquent vouloir « être entendus » par les candidats à la présidentielle.

La volonté de s’émanciper n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est que le numérique leur en offre les moyens. Et c’est une bonne chose ! A tous ceux qui ont à cœur de les aider, en particulier leurs formateurs – qui ont davantage le souci de leur bien qu’il n’y paraît – de les accompagner.

La parole des jeunes déliée est un atout majeur du système de santé. En se délivrant de la pesanteur d’organisations de moins en moins adaptées, et de corporatismes qui apparaissent comme de plus en plus désuets, les jeunes se mettent en marche vers sa refondation. Nul doute qu’ils trouveront des ainés bienveillants sur leur chemin pour les y aider.

Solange Ménival

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